Parmi les dernières révélations Wikileaks, une a attiré le regard de nous autres algériens. Non, pas celle qui parle de Said
ni celle qui confirme ce qu’on savait sur chakib Khelil. Je vous parle de ce câble qui traite les 20-40 ans, demandeurs d’emplois en Algérie d’Analphabètes Trilingues. J’avoue le titre est
bien original.
Après avoir ravalé ma fierté mal placée, et m’être indignés contre ce câble qui ne reflète pas la
situation dans mon pays….et même après avoir sorti à moi-même des arguments comme : Oui, mais ces américains qui n’ont souvent même pas de passeport, qui croient que l’Afrique est un pays et
que la France est un continent et puis, comment on peut t on être analphabètes et parler trois langues ? ( selon les statistiques nous sommes 25% à être analphabètes) ….Stop stop stop…là je
suis arrivée au summum de l’idiotie dans l’argumentation. Je vais courir un peu, cela me fera du bien.
Je ne dois pas oublier que le diplomate avait aussi dit qu’il fallait remédier à cette situation afin que
l’extrémisme ne prenne pas racine à cause de ce chaos linguistique. A mon avis, c’est plutôt le contraire. L’extrémisme qui s’est installée et a terrorisé la population Algérienne est en partie
aussi responsable de ce phénomène.
Après petite réflexion, je me dis que les choses auraient pu être différentes (oui, c’est une manière
implicite d’avouer qu’il n’a complètement tord le diplomate). Le câble aurait pu être : « les Algériens sont de parfaits trilingues qui saturent le monde d’emploi par leur savoir faire,
et l’utilité de leurs trilinguisme » …Oui, cela aurait pu se produire si un enchainement d’événements n’étaient pas venu détruire notre patrimoine linguistique en quelques
décennies.
Les langues en question qu’on parle et ne parle pas sont : le berbère, l’arabe et le français.
Parler Berbère si on ne l’apprend pas dans la famille :

Le Berbère : Langue qui était d abord considéré comme dialecte, a été bien sur à un moment donné
marginalisé par les autorités (voir pire, dans un épisode de communisme ravageur) qui par la même occasion a fait du tord à une autre langue qu’on considérait protéger. La reconnaissance de tamazight comme langue nationale et officielle n’a pas servit à grand-chose, car le plan pour la mettre en place dans les écoles n’a pas été un vrai
succès. Pourtant le Berbère est une langue unifiée, mais qui reste à créer et adapter, en se basant sur les différentes variétés parlées en Algérie. Et mettre en valeur la littérature écrite qui
s’enrichit de jour en jour.
Ecole, les cours dispensées dans une autre langue que la langue
maternelle :
Les chinois parlent chinois et ont des cours en chinois, les anglais, français….etc. Du coup, cela
facilite l’apprentissage. Nous, on se retrouve devant des manuels dans une langue qu’on ne pratique pas à la maison. Ce qui est quand même un handicap. Même si ce n’est pas l’unique raison,
puisqu’on voit ce même handicap en suisse par exemple.
Les années 70, l’arabe et Les Coopérants :
Après l’indépendance de l’Algérie, les gouvernements en place ont reprit en partie les administrations
légués par la France. Dans la foulée, Le gouvernement de l’époque voulant imposer l’arabisation de la société, comme signe de profond changement et une sorte d’indépendance linguistique.
Mais c’était surtout idéologique ; l’arabe comme idéologie et non comme une langue. Les erreurs ont été inévitables, car faire un changement aussi rapidement n’était pas facile. La
première est avoir remplacé une partie des coopérants français par de nouveaux professeurs, du coup, toute une génération a du apprendre les langues avec des professeurs du moyen orient et de
l’ex URSS qui a valu a une génération de mal parler les langues (Parce que les gens recrutés ne la parlaient pas mieux). Quand je vois l’anglais de ma mère par exemple, je comprends mieux les
anecdotes qu’elle me raconte sur son professeur égyptien de l’époque, qui leur apprenaient plutôt des poèmes, et leur racontaient de belles histoires, en arabe évidemment puisque lui même ne
parlait pas bien l’anglais.
Ne pas bien parler la langue arabe te donne un statut social :
Aujourd’hui, la plupart des jeunes ne maitrisent pas l’arabe par exemple, alors que cette langue
magnifique est enseigné dès la première année de scolarisation. Mais comment cette langue est enseignée là est le problème. Les élèves se retrouvent avec la langue dans son côté le moins
attractif.
Et comme certains parents aussi la dénigrent, cela n’arrange pas l’apprentissage. Aussi quand on voit ses
« Tchi Tchi » qui croient que parler arabe diminueraient leurs
« Tchitchisme »…on se dit que ce n’est pas demain la veille qu’on verrait des parents transmettre l’amour des langues à leurs enfants. Beaucoup donc, fuient la langue comme la peste. On
voit de plus en plus de gens prendre des cours de soutien en arabe pour s’en sortir à l’école. Mais cela diffère des régions du pays, je remarque par exemple que ce cas de figure est beaucoup
plus présent chez les algérois, alors que dans le sud, et même dans certaines régions de l’est et l’ouest, le problème est moins présent, et les gens aiment beaucoup plus la langue et la
pratiquent plus souvent. (Dans leurs blogs, lectures, échanges etc.)
Il y a beaucoup de paramètres qui font qu’aujourd’hui la société ne se
retrouve plus dans son trilinguisme, et c’est surtout à cause du rôle du pouvoir dans tout cela, car c est bien lui qui légifère et agit sur les langues. Ce que le pouvoir n’a pas su gérer, c’est
les réponses aux questions suivantes : Dans quelle langue doit se faire la transmission du savoir et de la culture ? De quelle manière s’y prendre ? Quelle langue utiliser des les
administrations, et dans les médias pour toucher un maximum la population ? Comment réussir à faire de la langue Berbère une langue nationale et officielle sur le terrain ?
Aujourd’hui, on se retrouve un peu désemparés, les débats qui arrivent lors des changements, comme
l’arabisation de l’administration, s’oublient vite, alors qu’aucune solution concrète n’est proposée. Notre multilinguisme devrait pourtant être une source d’enrichissement. Imposer l’arabe
classique, et le pratiquer comme première langue officielle ne doit pas signifier la disparition du français et du berbère.
Ah, j’oubliais, le diplomate proposait un « plan marshal », les algériens parler anglais…ben
oui, je nous vois bien en Polyglottes…sans être analphabètes.
